La charge mentale : définitions et spécificités chez les entrepreneures-mères
Le concept de charge mentale, formalisé dès les années 1980 par la sociologue Monique Haicault (« La gestion ordinaire de la vie à deux », 1984), désigne le poids psychologique de la gestion simultanée de multiples tâches, majoritairement invisibles, que ce soit dans la sphère familiale ou professionnelle. Chez les femmes entrepreneures, ce concept s’étend largement. Il ne s’agit plus uniquement d’une « double journée », mais d’un emboîtement permanent entre décisions stratégiques pour l’entreprise, logistique quotidienne, gestion des imprévus liés aux enfants (maladie, rythmes scolaires, organisation des gardes), et arbitrages permanents entre intérêts contradictoires.
Si l’entrepreneuriat s’accompagne intrinsèquement d’une forte charge mentale – du fait de l’incertitude, de la responsabilité, de la pluralité des rôles –, la maternité avec des enfants en bas âge (c’est-à-dire, selon l’INED, des enfants de moins de 6 ans) la complexifie davantage par :
- La fréquence accrue des interruptions imprévisibles (maladies, crises, changements de mode de garde)
- La nécessité d’anticiper constamment les besoins des enfants, de planifier, coordonner, arbitrer sans relâche
- L’insuffisance et l’inadaptation des solutions d’accueil et de soutien, qui sont particulièrement criantes pour les entrepreneures n’ayant pas accès à un statut salarié classique (source : Observatoire de la petite enfance, 2022)
Ce cumul d’exigences, qui ne se limite ni à une question de volonté, ni à une défaillance organisationnelle, pèse durablement sur la santé physique et mentale, mais aussi sur la trajectoire entrepreneuriale.