Pourquoi la charge mentale explose-t-elle à la phase de lancement ?
Un cumul de fonctions rarement anticipé
Dès la création d’entreprise, les entrepreneures endossent une pluralité de rôles, parfois sans conscience préalable de l’ampleur effective des tâches à gérer. Les chiffres issus de l’étude Bpifrance Le Lab (2022) indiquent que 61 % des entrepreneures soulignent la multiplicité des métiers à tenir comme l’un des principaux facteurs de surcharge dès la première année d’activité.
- Gestion administrative : Statuts, assurances, fiscalité, relations bancaires, comptabilité.
- Développement commercial : Recherche de clients, prospection, pitch, négociation, suivi.
- Communication : Présence digitale, réseau, image de marque, gestion des retours.
- Service/production : Réalisation des prestations ou production de biens.
Dans une large majorité des cas, l’ensemble de ces chantiers reposent sur la même personne, en l’absence de délégation possible (manque de ressources humaines ou financières suffisantes).
Pression de la légitimité et auto-surveillance constante
Le regard social envers l'entrepreneuriat porté par les femmes reste, malgré les évolutions, marqué par des stéréotypes persistants (Cerf, 2021 : “Baromètre Entrepreneuriat féminin”). En phase de lancement, la crainte de l’échec, la nécessité de “faire ses preuves”, ou encore la peur d’être jugée moins compétente génèrent un mécanisme d’auto-surveillance exacerbé.
- Sur-sollicitation des réseaux : volonté de visibilité et peur d’être invisible, cumulée à l’exigence de conformité aux codes du secteur.
- Difficulté à demander de l’aide : crainte d’être perçue comme “moins légitime”.
Charge mentale professionnelle vs. charge mentale domestique : une addition, non un transfert
L’accès à l’entrepreneuriat ne s’accompagne pas, dans la majorité des cas, d’un rééquilibrage des charges extra-professionnelles. Selon l’enquête Insee citée supra, le temps consacré par les entrepreneures à la sphère domestique reste très supérieur à celui de leurs homologues masculins, même lorsque l’intensité du travail s’accroît.
- 38 % des entrepreneures disent “ne pas pouvoir compter sur un partage équitable des tâches domestiques en période de création”, contre 9 % des hommes (Baromètre Sista/BCG, 2022).
- 1 entrepreneure sur 2 estime que la charge mentale familiale freine le développement du projet dans les 18 premiers mois.
Il s’agit donc d’une superposition de strates mentales, non d’un simple remplacement de responsabilités.